La codépendance : la dualité des apparences et des refoulements.

Est-il vrai de dire que l’être humain dépend de certains éléments afin d’assurer sa survie? Évidemment que quelques réponses vous viennent spontanément à l’esprit. Telle une fleur qui a besoin d’eau et de soleil, nous concernant, les réponses sont évidentes. Dès que ces exigences sont remplies, on s’imagine que l’individu peut alors profiter d’une pleine autonomie. Or, qu’arrive-t-il lorsque le bonheur dépend d’un objet ou d’une personne? Faites la connaissance du codépendant.

Le jardin du codépendant


Tout comme la plupart des espèces vivantes, bien que nous soyons semblables à l’intérieur (voir identique), nous semblons très singuliers vus de l’extérieur. Nous trainons avec nous un bagage d’expériences et de vécus en fonction de comment nous avons été traités, identiquement à la fleur et l’attention qui lui est accordée. La survie et la beauté des pétales, visibles, dépendent de processus internes, invisibles. Selon ce modèle, les dépendances sont parfois dissimulées (celles qui sont émotives et affectives) alors que d’autres font office de symptômes manifestes (ex : alcoolisme). C’est la double réalité des apparences et des refoulements. Dès cet instant, c’est sans équivoque qu’une fleur qui s’effrite dépend de ses mécanismes internes autant qu’un individu qui compulse dans une substance, une occupation ou une relation. Il en vient à l’illusion qu’il ne peut vivre sans l’objet de sa compulsion.



Au cœur de la codépendance


Si votre jardin se voit un jour ravagé par mégarde ou manque de précautions, le cultiver ailleurs n’aura aucune incidence positive si à la fin, vous répliquez la même procédure. C’est ce qui explique pourquoi le consommateur transfère parfois sa dépendance, et ce, en dépit de son arrêt antérieur. Au même titre qu’un noyau, certains éléments se trouvent au cœur de la dynamique du codépendant : le manque d’objectivité, l’identité négative, le besoin d’amour et de contrôle ainsi que l’immaturité émotionnelle (Borgia, 1990-2011). En prendre conscience est donc impératif pour qu’un changement en profondeur durable s’effectue, sans quoi la codépendance n’est jamais réellement identifiée. Par conséquent, elle se perpétue.



Imaginons-nous ceci : ces éléments agissent comme des parasites à l’origine de la détérioration interne de la fleur (invisible ou à peine) et causent évidemment un effet similaire sur les pétales (visibles).

Le manque d’objectivité

Une vision embrouillée nécessite un traitement oculaire approprié, sans quoi, ce serait plutôt compliqué de percevoir concrètement ce qui nous entoure. C’est un peu ce que signifie le manque d’objectivité, alors que le co-dépendant est habité par un système de croyances erronées (dramatisation, minimisation, généralisation) à l’origine de son incapacité à remettre en question la réalité dans laquelle il est plongé. Ayant longtemps cultivé ce filtre embrouillé pour se protéger d’une réalité qui l’effraie, et ce, de l’enfance à la vie adulte, le codépendant se protège ainsi de tout ce qui pourrait ébranler son cadre référant, qui constitue essentiellement sa zone de sécurité. Omet-il volontairement de porter ses lunettes ou n’a-t-il simplement qu’une prescription inappropriée à sa condition? Il s’agit plutôt d’un conflit entre cécité et vision parfaite : la difficulté à admettre que son regard peut parfois être flou. Si seulement il apprenait à nettoyer ses lunettes, à accepter qu’elles puissent occasionnellement se salir et à croire en leur efficacité. Une fois ces prises de conscience bien ancrées, le codépendant laisse de côté les illusions (« je suis incapable d’arrêter »), dramatisations etcétéra pour les remplacer par des pensées nuancées et rationnelles qui favorisent l’introspection, l’emprise sur sa vie, puis de meilleurs choix.


L’identité négative

Difficile de promouvoir un service dont on remet en doute l’efficacité ou de vendre un produit que nous jugeons inutile, encore plus si nous exposons ces faits à priori, n’est-ce pas? Le codépendant qui est aux prises avec une identité négative de lui-même semble dans l’incapacité de s’accorder la moindre valeur. Consciemment ou pas, l’expression de ce vide intérieur et des convictions qui y sont rattachées (faible estime, doute envers soi, sentiment d’infériorité) l’amène à ne fonder que très peu d’espoir sur sa capacité à changer sa vie, ne s’accordant pas non plus la chance d’expérimenter un quotidien moins souffrant. Ce faisant, il en vient à dépendre du regard que les autres portent sur lui, puisqu’habitué à la dévalorisation extérieure, bien imprégnée au cœur de sa personnalité. Lorsque les excès lui permettent d’oublier ou au contraire, d’être qui il souhaite être au fond de lui, il se donne le droit d’exister à travers les dépendances, en idéalisant tout autant les substances que son entourage. Pour s’en sortir, il va de soi de nous accepter tel que nous sommes, réalistement. À vrai dire, si nous reprenons notre métaphore, le service doit être estimé honnêtement, sans sous ou surévaluation, le produit doit être contextualisé, vanté selon à qui il est destiné, tel qu’il a été construit. En dépit des erreurs et des mauvaises habitudes, à partir du moment où le codépendant reconnait qu’il est avant tout un être humain imparfait, dont principalement l’opinion personnelle devrait compter dans le fondement de son amour-propre, il abandonne plus aisément ses béquilles.


Le besoin d’amour et de contrôle

Qu’en est-il des besoins dans tout cela? Comme la fleur a besoin d’eau et des rayons du soleil, le codépendant croit qu’il a besoin d’amour et de contrôle. Toujours faut-il être au courant, comprendre leur définition et ensuite savoir trouver le juste équilibre. Mais, il importe de différencier deux principes trop souvent confondus : les besoins et les désirs. Ce dernier a le mérite de n’impliquer aucune nécessité. Tous les individus doivent boire de l’eau pour survivre, c’est physiologique et universel. Est-ce vrai de dire que ceux-ci doivent aimer ou être aimés, sinon quoi ils mourraient? Philosophiquement, le débat serait éternel. Cependant, objectivement, c’est faux. Voilà pourquoi remplacer ce terme par désir, préférence ou envie est plus indiqué. Ainsi, le codépendant apprend à ne pas en dépendre, à retirer les « je ne peux vivre sans » de son vocabulaire. Quant au contrôle qu’il exerce sur lui-même (excès) ou son environnement (manipulation, remise en question) par peur de perdre ce qu’il estime essentiel à sa vie, c’est en lâchant prise et en acceptant ses limites qu’il se donne la chance de reléguer ce présumé besoin au second plan. Il en fait ainsi une préférence qui se manifeste à travers l’autonomie et la responsabilisation.


L’immaturité émotionnelle

Enfin, au cœur de la codépendance se trouve également l’immaturité émotionnelle, fréquemment manifestée en deux pôles : l’apathie ou la perte de contrôle. D’un côté, tel un paraplégique, « l’individu est privé de son ressenti émotionnel »; il se voit incapable d’exprimer ou d’identifier comment il se sent (refoulement), étant donné la souffrance que cela lui procure. De l’autre, comme une bouilloire et la vapeur, il réagit de manière excessive et avec intensité. Gérer sainement ses émotions n’est pas de tout repos et constitue tout un défi. Il suffit d’abord de cibler un juste milieu et de s’éloigner des extrêmes, après quoi le codépendant pourra reprendre la maitrise celles-ci. Identifier (anxiété), accueillir (à nous-mêmes : « je vis de l’anxiété, je l’accepte et j’ai le droit »), la ressentir (fébrilité, somatisation, palpitation), l’exprimer (« je me sens anxieux, cela est inconfortable ») et finalement la gérer (en comprendre le sens et l’origine, demeurer calme). Mieux on repère le message que nous envoie l’émotion ressentie, plus on s’adapte convenablement. Le paraplégique apprend à utiliser son fauteuil roulant et la bouilloire est retirée du feu au bon moment.

La dualité


À ce stade-ci, vous comprenez à quel point la consommation et les comportements compulsifs se manifestent tel le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond, alors que celui ou celle aux prises avec de telles habitudes traine à l’intérieur de lui des blessures ainsi que des lacunes personnelles et interpersonnelles. Au-delà des apparences, il existe un mécanisme où les causes profondes sont responsables d’un problème de surface. Dès lors, la compréhension de cette dualité du visible et de l’invisible est essentielle, de sorte que l’émergence de toutes ces prises de conscience ne servent qu’une cause : le bien-être.


- Sébastien Latendresse

Criminologue de Formation, certifié en prévention et réadaptation des toxicomanies. Coordonnateur et intervenant chez Domremy.

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